QUAND LE MERCURE DENTAIRE "PLOMBE" LES DENTS

dangers plombage

Seule contre tous, la France refuse de faire interdire les amalgames dentaires, en dépit des risques pour la santé.

Entre 17 et 18 tonnes ! telle est la formidable quantité de mercure qui continue chaque année d'être déversée dans les dents creuses des Français, sous forme d'amalgame dit à tort "plombage" , pour en obturer les caries. Il s'agit d'un peu glorieux record européen car le mercure, chacun le sait depuis longtemps, est un dangereux poison - notamment un redoutable neurotoxique -, dont on essaie un peu partout de débarrasser la dentisterie. La Suède, la Norvège, le Danemark, le Canada en ont interdit l'emploi par les dentistes, ou du moins strictement restreint l'usage. Le gouvernement américain s'est prononcé pour la "suppression progressive des amalgames", de même que le Conseil de l'Europe. Et, dans tous les pays développés, le mercure dentaire est en déclin. Pourtant, début novembre à Nairobi (Kenya) où 125 pays s'étaient réunis pour préparer une future convention mondiale limitant le plus possible toutes les utilisations du mercure -, la France a bizarrement fait cavalier seul, réaffirmant son opposition officielle à toute interdiction des amalgames.

 

"Risques d'effets létaux toxiques"

 

Pour André Cicolella, président du RES (Réseau Environnement Santé), "cette position française sur le mercure dentaire constitue un nouvel exemple de dysfonctionnement de la sécurité sanitaire" . Etant celle de l'Afssaps, elle démontre que, malgré les leçons tirées après le scandale du Mediator, la santé des Français n'est toujours pas à l'abri des "expertises entachées de conflits d'intérêts". Marie Grosman, vice-présidente de l'Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure, et coauteure avec Roger Lenglet du livre "Menace sur nos neurones" (Actes Sud), parle même d'une "collusion malséante entre l'Afssaps et l'Ordre des dentistes". Sur les dix experts qui, en 2005, avaient défini la doctrine française en la matière, " trois au moins avaient des liens avec des fabricants d'amalgames". Or les dentistes, surtout français, aiment beaucoup le plombage au mercure : c'est traditionnel, rapide et facile à poser. Et puis on persiste à leur enseigner en fac que "l'amalgame est sans danger", ou que "le patient devrait avoir en bouche environ 530 ( !) obturations pour voir sa santé affectée" - alors que, selon une étude allemande, avec un seul amalgame, la teneur en mercure de la salive dépasse déjà très largement celle admise pour l'eau potable. Or chacun d'entre nous avale quotidiennement un litre de sa salive. D'ailleurs, dans leurs notices - que les dentistes ne lisent pas -, les fabricants eux-mêmes mettent en garde. On y lit des phrases comme "risque d'effets létaux aigus toxiques", ou "le mercure est reconnu comme causant des malformations du foetus et des troubles de la reproduction". D'où ce paradoxe épinglé par Marie Grosman : "Les débris de vieux amalgames sont classés comme déchets dangereux et interdits de poubelle, alors qu'ils ont passé des années dans la bouche du patient, à quelques centimètres de son cerveau. "

 

Remplacer les vieux "plombages"

 

Or cela ne fait aucun doute, le mercure de nos dents creuses s'échappe peu à peu. Les vieux amalgames retirés après dix ans de séjour en bouche ne contiennent plus que la moitié de la quantité initiale. Avalé avec la salive et inhalé sous forme de vapeur, il est véhiculé par le sang et va se fixer dans divers organes - dont le foie, les reins, les intestins et le cerveau. Cette pollution sournoise perturbe les systèmes immunitaire et endocrinien, et favorise divers troubles. Cela va de l'irritabilité à la rectocolite hémorragique, de l'insomnie au tremblement des mains, de l'allergie à la perte d'équilibre. Le mercure traverse le placenta, passe dans le lait maternel et notamment perturbe le développement cérébral : on a démontré que "le Q.I. de l'enfant est inversement proportionnel au taux de mercure du cordon". Et aussi que la pose d'amalgame en début de grossesse multiplie par quatre le risque de bec de lièvre. Bref, il faudrait vraiment s'en débarrasser et remplacer les vieux "plombages" par l'un des deux matériaux qui ont fait leurs preuves, avec une longévité égale ou supérieure : les composites polymères et le ciment verre ionomère - ce dernier ayant en outre l'avantage d'être moins coûteux que l'amalgame. A la prochaine carie, exigez-le de votre dentiste !

 

(Source article: Fabien Gruhier - Le Nouvel Observateur- 27/11/2011)