montage-CP_commun_mercure

Le Parlement européen a tranché le 22 octobre [1] : contrairement à ce que prévoyait la résolution PIP de juin 2012 [2], les dispositifs médicaux (DM) invasifs ne bénéficieront pas de l’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) qui aurait permis d’évaluer leur éventuelle toxicité avant qu’on ne les implante, parfois très durablement, dans le corps des patients. En manière de compensation, les eurodéputés ont toutefois estimé que les dispositifs exposant directement les patients à des substances cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) ou à des perturbateurs endocriniens (PE) devraient être retirés du marché, dès lors qu’existent des produits de substitution plus sûrs.

C’est bien le minimum. Comment tolérer en effet que des professionnels de santé continuent d’implanter des substances CMR et des PE alors que les alternatives sont disponibles ?

Tôt ou tard, ces produits seront interdits. Tôt , les pouvoirs publics en sortiront grandis et la confiance de la société civile en ses institutions rétablie. Tard, et les instances sanitaires se verront salies de nouveaux soupçons d’accointance avec des groupes de pression, au détriment de l’intérêt public.

Dans le domaine dentaire, l’une des conséquences de cette évolution nécessaire sera l’abandon simultané des amalgames dentaires (qui contiennent 50 % de mercure élémentaire, une substance extrêmement toxique, à la fois CMR et PE) et des composites contenant du Bisphénol A.

Les représentants des dentistes [3] jouent aujourd’hui, au détriment des praticiens désinformés, une partition très dangereuse qui consiste à présenter systématiquement les matériaux d’obturation comme si l’on n’avait de choix qu’entre le Bisphénol A et le mercure dentaire alors qu’existent des composites sans Bisphénol ainsi que des ciments verres ionomères, biocompatibles. Au lieu de dégager des solutions, les représentants des dentistes favorisent l’inaction.

Dans le même temps, l’Agence du médicament (ANSM) s’enlise dans de nouvelles manœuvres, bientôt déçues du reste [4], pour nous persuader que le mercure, dont personne ne veut plus [5], représenterait partout un risque, sauf à l’intérieur de notre bouche. Là encore, l’immobilisme règne.

L’ANSM a été la première agence mondiale à révolutionner son évaluation des PE, en commençant par le Bisphénol A. Nous attendons que l’ANSM se dote à son tour d’outils d’évaluation conformes à l’état de la science.

Mais dans l’immédiat, il incombe au gouvernement d’accélérer en France la transition vers une médecine et une dentisterie plus saines, mais aussi de se présenter devant les autres États membres, d’exiger l’abandon de cette aberration que sont les substances toxiques inutiles dans les produits de santé, et de n’en démordre à aucun prix.

 

 [1]. http://www.michele-rivasi.eu/au-parlement/dispositifs-medicaux-le-parlement-europeen-fait-machine-arriere-sur-levaluation-des-dispositifs-a-risque-mais-interdit-les-substances-dangereuses/

[2]. http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P7-TA-2012-0262+0+DOC+XML+V0//FR

[3]. Nous songeons en particulier à l’Ordre National des Chirurgiens-Dentistes (ONCD), à l’Association Dentaire Française (ADF) et à la Confédération Nationale des Syndicats Dentaires (CNSD).

[4]. En effet, suite à l’intervention de Non Au Mercure Dentaire, le Directeur Général de l’ANSM a dû renoncer à publier le projet de rapport sur le mercure dentaire en l’état, et a demandé qu’il soit « complété par les données d’une revue systématique de la littérature » : http://reseau-environnement-sante.fr/2013/10/22/dossiers-par-themes/communique-de-presse-22-octobre-2013-lagence-du-medicament-ansm-contrainte-de-renoncer-a-un-rapport-indigent-sur-le-mercure-dentaire/

[5]. 144 Nations ont signé en octobre 2013 la « Convention de Minamata sur le mercure », pour la première fois une substance spécifique fait l’objet d’une réglementation internationale. http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/171013/la-france-doit-enfin-renoncer-au-tres-toxique-mercure-dentaire